Jardin & compost

En Galerie du 17 juin au 14 août 2022

Lévis, 7 juin 2022 | Le Centre Regart présente l’exposition duo Jardin & compost,  issue d’une double proposition prenant place dans le cadre de la programmation Décroissance. Du 17 juin au 14 août 2022, les artistes investissent l’espace de la galerie principale avec des estampes numériques et des éléments naturels étroitement liés. Cette exposition fait suite à une invitation lancée aux deux artistes, par le centre, de cohabiter avec leurs œuvres dans une même salle d’exposition, en raison de leur intérêt commun pour le monde végétal. Puisqu’elles habitent à une distance géographique éloignée l’une de l’autre et qu’elles ne se sont jamais rencontrées, les artistes se sont tenues au courant de l’avancement de leur recherche-création respective tout au long de l’année, en vue de former un tout cohérent, tout en respectant la singularité de chacune. 

Jardin ou la beauté légumière

Réflexion/création de Nathalie Lavoie autour du jardin domestique.

Apprivoiser la décroissance en réalisant un jardin à la fois nourricier et artistique. Favoriser une montaison des légumes pour en découvrir et photographier les fleurs, qui formeront les semences du futur jardin. Observer au quotidien les transformations végétales, dans un va-et-vient entre la cour et l’atelier, afin d’en explorer les potentialités artistiques. Exprimer par un regard photographique sensible et précis la beauté végétale avec pour intention d’aller au-delà du visible par l’exploration de temps superposés et de visions souterraines. Telles sont les instructions que l’artiste s’est données lors de l’élaboration de son programme de travail. De la sorte, le corpus présenté en galerie résulte d’un regard attentif porté sur son jardin ; en surface et sous terre. Il s’ensuit des transformations diverses. Ainsi une image photographique en négatif de rhizosphère se colore, puis se multiplie en rotations symétriques horizontales & verticales. De même, une estampe numérique révèle le réseau de lignes entremêlées d’une racine de poireau et une autre en présente la fleur. De plus, des carottes atypiques sont le sujet principal de dessins imprimés et une courge délicata apparaît dans une superposition d’états (fleur, plante et légume). Par ailleurs, des hampes florales potagères se muent en sculptures éphémères. 

Compost ou la poétique du flétri

Réflexion/création de Nadia Loria Legris autour du déchet organique domestique.

Et si, en se saisissant physiquement de la matière déchue, Homo détritus réussissait à se réapproprier le potentiel contestataire et subversif du déchet? (Montaigeon)

La fabrication en masse, le lisse, le brillant façonnent notre imaginaire souvent au point de nous faire oublier la valeur de ce qui change, vit et meurt. La sphère alimentaire et agricole n’y échappe pas. Le défraîchi, le difforme, le vieux et le moche sont ainsi mis de côté, abandonné, jeté. Ce paradigme de la performance dans laquelle nous évoluons ainsi que ce désir de croissance infinie façonne notre regard et nos gestes au quotidien et malgré notre désir d’ordonner et organiser nos détritus, ce que l’on range dans la poubelle ne disparaît pas. À notre époque où les demies mesures sont exclues, le rappel de la diversité du vivant, de sa fragilité est, pour l’artiste, une façon de mettre de l’avant l’urgence de la décroissance. Nadia Loria Legris propose pour cette exposition une série de natures mortes photographiées à partir de végétaux flétris, germés ou en compost. S’y ajoutent, des installations in situ créées à partir d’éléments déshydratés : cœurs de pomme, pelures de citron, d’aubergine, poivron, etc.

Démarches artistiques

Nathalie Lavoie conçoit l’art comme un outil de connaissance sensible, immédiate, intuitive, directe : il devient inséparable d’une démarche de compréhension et de co-naissance, c’est-à-dire un sujet et un monde naissant conjointement. Il en émerge une poésie à la fois brute et délicate. Elle privilégie une esthétique de la monochromie associant les noirs et les blancs dans une variété de tons. Dans le contexte de résidences, de performances et d’expositions, son intérêt pour le geste de création, le territoire et la notion d’habiter s’allie à des objets et à endroits variés. Que ce soit une église désaffectée (2008), l’empreinte du pinceau (2012-2017), le quadrillage (2012-2014), le lin cultivé (2015), la ligne végétale (2016-2019), la ligne cartographique (2016-2019), le pin (2019), le cabinet de curiosités (2019), un musée scientifique (2020-2021), un jardin (2021-2022) et un centre plein air (2022), elle cherche dans ces circonstances à réaliser des procédés favorisant une relation d’affinité avec la matière. 

Artiste interdisciplinaire, Nadia Loria Legris interroge notre rapport au vivant et à notre environnement. Elle s’intéresse aux fragilités et aux marques provoquées par le passage du temps, ainsi qu’aux empreintes engendrées par notre mode de vie. L’artiste utilise la photographie, la sculpture, le dessin, les techniques numériques et les pratiques relationnelles afin de témoigner de nos liens avec les écosystèmes naturels ou construits. Ses recherches actuelles concernent les végétaux rejetés, perdus, gaspillés de notre alimentation et de notre environnement. Les œuvres créées sont le fruit d’un dialogue et d’une présence à l’imprévisibilité du vivant. Les notions d’individuel et de collectif sont omniprésentes dans son travail. En ce sens, l’aspect social et relationnel l’interpelle. Elle cherche les espaces, les constellations, les interstices qui nous définissent et nous relient aux échanges qui en découlent, aux processus qu’ils enclenchent et aux interfaces qu’ils créent.

Biographies

Nathalie Lavoie vit et travaille au Saguenay–Lac Saint-Jean. Détentrice d’une maîtrise en art de l’Université du Québec à Chicoutimi, c’est par les disciplines variées que sont le dessin, le modelage et la photographie, associés à des matériaux tels que l’encre, l’argile et des éléments de la nature, qu’elle entre en contact avec le territoire qu’elle habite et qu’elle revisite à travers ses projets. Depuis deux décennies, son travail a été présenté dans diverses expositions individuelles à Toronto (2000), Ottawa (2011), Gatineau (2003), Montréal (2005), Côte-Nord (2017, 2019) et Saguenay (2012, 2017, 2019, 2020, 2021), ainsi que dans des expositions collectives au Canada, en France, en Allemagne et au Chili, notamment à l’Université Humboldt de Berlin (2017). Aussi, des résidences artistiques dans différents lieux lui permettent de poursuivre sa recherche à l’étranger. En 2022, elle est finaliste au concours Talents contemporains de la Fondation François Schneider (France). Trois livres sont dédiés à son œuvre.

nathalielavoie.net

Originaire de Montréal, Nadia Loria Legris vit et travaille à Sherbrooke. Titulaire d’un baccalauréat en études françaises, d’un diplôme de 2cycle en pratiques artistiques actuelles de l’Université de Sherbrooke et d’une formation en rituel de passage (école Ho Rites, Montréal), elle adopte une approche interdisciplinaire dans la réalisation de ses projets. Elle a un intérêt marqué pour l’environnement et notre rapport à celui-ci. Membre du Regroupement de pairs des arts indépendants de recherche et d’expérimentation (REPAIRE), elle maîtrise une pluralité de techniques et de matériaux et son travail s’inscrit dans une pratique en art actuel. Nadia Loria Legris cumule également une vaste expérience d’interventions artistiques dans les communautés et de projets en médiation culturelle.  Elle est récipiendaire d’une bourse de la ville de Sherbrooke pour poursuivre ses recherches pigmentaires sur les plantes indigènes locales.

nadialorialegris.com

Nathalie Lavoie remercie le Conseil des arts du Canada de son soutien.


 

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