Manif d’Art 11 | Forces du sommeil – Cohabitations des vivants

Laure Tixier
Commissariat : Marie Muracciole

Hors murs, Exposition - Galerie & bureaux

23 février 2024 - 28 avril 2024
Les forces du sommeil
Cohabitations des vivants

Manif d’art 11 – La biennale de Québec s’inspirera de l’hiver canadien et du sommeil de la terre pour s’intéresser à celui des humains et explorer les nuances multiples de l’éveil. Moments de latence, de transition, de pause, la saison froide et le sommeil ont en commun de suspendre la productivité, et de résister aux principes de l’exploitation des corps et des ressources. De ces alternances quotidiennes ou saisonnières, où les différentes espèces et leur environnement peuvent entrer en correspondance, dépendent la régénération du vivant, et aussi l’écoute, l’attention portée à la connaissance de soi et aux interactions avec d’autres formes de vie. Parce qu’il libère des forces intérieures incontrôlées et parfois décisives, parce qu’il altère nos réflexes et modifie nos perceptions, le sommeil a la capacité de modifier notre appréhension du monde.

Plaid Houses, 2007-2011, 48 maquettes de feutre

Regart, 6018 rue Saint-Laurent

Dans cet espace abrité et proche du fleuve, Laure Tixier associe le retranchement et l’enfance. Par contraste avec l’installation extérieure, Suspendre, ces « maisons » sont à l’échelle d’un jouet ou d’une maquette, les couleurs sont vives, les formes souples. La chaleur organique du matériau – le feutre est une agglomération de poils d’animaux – nous invite à nous y projeter et renvoie aux cabanes, comme celles que font les enfants avec des couvertures : ce que l’artiste qualifie de « première fiction d’architecture ». La référence au corps présente dans les deux installations trouve un terrain commun avec les aquarelles au mur. Tixier constitue avec les Plaid Houses un répertoire issu de contextes culturels, géographiques et historiques disparates. Yourte mongole, chaumière bretonne, bâtiment postmoderne ou château fort, ce sont des modèles et leur apparente douceur n’est pas tout à fait inoffensive. L’architecture est loin d’être un simple jeu formel; elle dicte, aux corps qui l’occupent comme aux regards auxquels elle s’expose, des consignes implicites ou pas. Ces bâtiments hétérogènes mis dans une relation d’égalité fictive esquissent une fable sur les communautés humaines et leur volonté de « construire » et planifier leurs habitats, les corps qui les occupent et, par extension, les formes du monde autour d’elles. Parfois, aux dépens de ce monde.

Suspendre, 2024, béton teinté dans la masse

Lieu historique national du Chantier A.C. Davie.

Face à Québec, adjacent au fleuve, Laure Tixier pose l’archétype du refuge et de l’abri avec deux formes de maisons élémentaires. Elles sont en béton, le matériau de la modernité extractive, adouci par deux teintes du monde végétal. À l’échelle d’un corps, elles sont dénuées d’ouverture. Elles contrastent avec le groupe de maisons qui nous attend dans l’espace Regart. Froid et chaud, fermé et ouvert, résistant et souple, abstrait et décoratif, visuel et sensoriel : les deux installations parlent du corps et des constructions que nous lui offrons. Elles se répondent et redistribuent différentes propriétés architecturales et sensibles. Tixier expose dans cet aller-retour une question plus brûlante que jamais et qui concerne son travail, celle de l’exclusion et de l’accueil.

The Strength of Sleep
The Cohabitations of All the Living

The Quebec City Biennial will draw its inspiration from the Canadian winter and the sleeping earth to focus on human sleep and the multiple nuances of the process of waking. Both sleep and the cold season are times of latency, transition, and pause, of suspended productivity, and of resistance against the exploitation of bodies and resources. These daily or seasonal alterations, where different species and their environments interconnect, provide the living with the opportunity for regeneration, as well as for listening, attention to self-knowledge, and interaction with other life forms. By liberating inner, uncontrolled, and sometimes crucial strengths, and by altering our reflexes and shifting our perceptions, sleep can change how we perceive the world.

 

Plaid Houses, 2007-2011, 48 maquettes de feutre

Regart, 6018 rue Saint-Laurent

In this sheltered riverside space, Laure Tixier draws a link between entrenchment and childhood. Unlike her outdoor installation, Suspendre, these miniature, brightly coloured and organic “houses” made of felt—an agglomeration of animal fibres—evoke childhood imagination of blanket forts; the artist refers to this as our “first architectural narrative.” The reference to the human body that is present in both installations finds a common ground in the watercolours on the wall . With “Plaid Houses,” Tixier gathers a diverse range of cultural, geographic, and historical influences, from Mongolian yurts to thatched Brittany houses to postmodern buildings and fortified castles. These soft models carry deeper implications, showing that architecture shapes both; those who inhabit it and those who observe it. This assembly of buildings, placed on an equal footing, tells a story about human communities and their ambitions to plan their living spaces, as the bodies inhabiting them, and, by extension, how it shapes their surroundings; sometimes at the cost their surroundings.

Suspendre, 2024, béton teinté dans la masse

Lieu historique national du Chantier A.C. Davie.

Facing Quebec City, adjacent to the River, Laure Tixier presents the concept of refuge and shelter with two simple house designs. These are constructed using concrete, a material associated with modernity and extraction. Their starkness is softened by incorporating two plant-inspired hues. Although they are built to human scale, they lack any doors or windows, and stand in sharp contrast with the group of houses we encounter at Regart. Exploring ideas of cold and warmth, openness and closure, sturdiness and flexibility, abstraction and decoration, and visual and sensory elements, these two installations delve into the relationship between the human body and the structures built to accommodate it.  They reflect and reconfigure various architectural and sensory qualities. In this exchange, Tixier raises an issue more timely than ever that is central to her work: that of exclusion and inclusion.

Marie Muracciole

Commissaire

Marie Muracciole est une critique d’art, auteure, enseignante et commissaire indépendante qui vit actuellement à Paris. De février 2014 à juin 2019 elle a vécu au Liban où elle a dirigé le Beirut Art Center (BAC). De 2005 à 2011 elle a dirigé le service et la programmation culturelle au Jeu de Paume à Paris. Elle conduit actuellement un séminaire à la Malmö Art Academy, en Suède.

 

Marie Muracciole is an art critic, author, teacher, and independent curator who lives in Paris. From February 2014 to June 2019, she lived in Lebanon, where she was director of the Beirut Art Center (BAC). From 2005 to 2011, she was head of cultural programming at the Jeu de Paume in Paris. She runs a seminar at the Malmö Art Academy, in Sweden.

Laure Tixier

Artiste

Laure Tixier interroge l’architecture, l’habitat, l’urbanisme, et l’organisation sociale qu’ils contiennent. Multipliant les pratiques – aquarelle, peinture murale, sculpture, installation, céramique, textile, micro-architecture, … -, elle crée un univers entre poésie et radicalité qui associe des éléments parfois décalés, issus tout autant de la culture populaire que de l’histoire de l’art, des sciences que des questions sociales, des utopies que des récits qui accompagnent le développement des communautés humaines et leur lien au reste du vivant.

Pensionnaire de la Villa Kujoyama, lauréate française du prix Women to Watch du National Museum of Women in the Arts à Washington, elle a participé à de nombreuses expositions notamment à la Triennale de Yokohama, à la RAM Foundation à Rotterdam, au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, au Mudam Luxembourg, au Beirut Art Center, à la Monnaie de Paris ou encore à la Biennale d’Architecture d’Orléans. Son travail est présent dans les collections publiques en France et à l’étranger telles que le Frac Centre-Val de Loire, le Frac Alsace, FDAC Essonne-Domaine de Chamarande, le Musée de la Chasse et de la Nature, le Mudam Luxembourg (Musée d’Art Moderne Grand duc Jean) et le NMWA Washington.