Du 14 septembre au 28 octobre 2018, c’est dans la Vitrine des membres que sera présentée l’installation La Friche, Québec-Lévis de l’artiste de Toronto et de Québec Angela Eve Marsh. Ce projet est l’aboutissement des recherches que l’artiste a menées au cours de sa maîtrise en arts visuels à l’Université Laval. Le vernissage se tiendra le 14 septembre à partir de 17h en présence de l’artiste, en commun avec celui de l’exposition Utopie comme méthodologie sous le commissariat d’Amber Berson, présentée en galerie.

Suspendue à la fenêtre tel un rideau translucide, une tapisserie de papier bulle, où sont encapsulés des végétaux cueillis à même les friches urbaines des territoires de Québec et de Lévis. Agissant comme un écran entre l’extérieur et l’intérieur de l’espace d’exposition, ce sont les détails du délicat travail de couture et la fragilité des plantes flétries qui peuvent amener à réfléchir sur les rapports entre la nature et la culture dans nos sociétés contemporaines. Au mur derrière, un ensemble d’images, presque indiscernables, témoignent des cueillettes de Marsh, des gestes qu’elle pose tout au long du processus menant à l’installation. L’artiste poursuivra également ce travail sur place en invitant le public à participer à la mise en bulle des végétaux dans la semaine précédant l’exposition, ainsi que lors d’un rendez-vous le dimanche 23 septembre de 12h à 17h. 

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« Mon projet de la tapisserie La Friche, Québec-Lévis sera travaillé et achevé in situ durant sa période d’exposition en septembre et en octobre 2018 dans la Vitrine de Regart, centre d’artistes en art actuel à Lévis.  Ceci implique une récolte des petits spécimens (graines, fleurs, feuilles, tiges) des friches locales, leur documentation photographique, suivis par l’action de les coudre avec du fils coloré dans des cosses de papier bulle récupéré.

Je suis fascinée par des espaces sauvages qui réussissent à survivre dans nos environnements urbains et cultivés.  Dans le processus de mon projet je détourne mon regard des occupations humaines vers des recolonisations du sauvage, ces petits ilots de wild qui survivent aux milieux urbains et suburbains, ces vestiges de l’autrui avec une complexité vertigineuse.   À travers mes questionnements sur les hiérarchies humaines imposées entre la dichotomie culture/nature, mon projet est le résultat d’une autre façon d’expérimenter notre relation au sauvage en ville.

Par la création de cette tapisserie, mon geste est non seulement esthétique (une envie de rendre hommage à l’incroyable beauté et à la diversité de ces lieux sauvages-urbains), mais aussi symbolique. En effet, cela exprime ma volonté de préserver et de valoriser ces espèces considérées comme étant nuisibles, seulement parce qu’elles sont jugées inutiles pour l’usage humain (dans une hiérarchie égocentrique qui définit le degré d’utilité des espèces au monde naturel). Au fur et à mesure que les fragments sèchent, leurs graines sont conservées dans les petites gousses en plastique. La tapisserie fonctionne donc comme une sorte de banque de graines (que je trouve pertinente à notre époque de la domination de Monsanto, entreprise géante des OGM). L’acte de coudre, l’acte méditatif de la fermeture des fragments végétaux dans les cosses en papier bulle récupéré représente pour moi un geste puissant; un geste qui défie le besoin de dominer et de détruire tout ce qu’il ne peut apprivoiser ni contrôler.

James Corner (1999), paysagiste et théoricien, s’intéresse à la distinction entre landskip (paysage comme artifice, principalement visuel, pictural et parfois iconique) et landschaft (paysage comme milieu occupé dont les effets et la signification s’accumulent par la tactilité, l’utilisation et l’engagement au fil du temps).  “In landskip, the making of a picture participates in and makes what is to be pictured, whereas in landschaft the formation of synaesthetic, cognitive images forges a collective sense of place and relationship evolved through work.”[1]

Dans ce projet, dans cet esprit de landschaft, le processus de travail agit comme une manœuvre où mes actions et mes créations sont inspirées par les friches autour de moi, qui, à leur tour, en inspirent d’autres (les participants, les citoyens) dans une relation d’engagement, d’intimité, en cherchant « a collective sense of place » dans ces paysages oubliés.

[1] Corner, James (dir.) (1999).  Recovering Landscape.  Essays in Contemporary Landscape Architecture.  New York, Princeton Architectural Press. »

-Angele Eve Marsh

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